Autres textes de cinéma de 221 à 230

 

Voilà ce qui frappe devant Bons Baisers de Russie : on ne voit rien de ce qui aurait pu s'apparenter au communisme. Le communisme, c'est comme s'il n'avait jamais eu lieu, jamais existé. C'était il n'y a pas si longtemps pourtant. Moscou victime d'absentement, d'endormissement comme la Belle au bois dormant. Faut-il la réveiller ?

 

 

On a longtemps goûté au cinéma de Hong Sang-soo comme on y boit du soju sans satiété. Et puis le soju s'est adouci, et plus son goût a davantage tiré du côté du Bubble Tea. C'est un amollissement fatal au désir, le lent dégrisement d'un cinéma qui a fait le choix du lounge en demandant au spectateur de faire toujours plus le job. Mince : le mot s'impose quand on n'a plus rien d'autre à dire que zut au médiocre.

 

 

Rebecca Zlotowski, un cinéma facile comme on dit qu'il y a des filles faciles. La facilité qui dit l'aisance à faire signifie la jouissance à vivre pour qui tout réussit. Un ruissellement. Une seule réclamation, alors : en faire la publicité, en répéter la réclame.

 

  • marseilleS : Les Deux Marseillaises (entretien avec Viviane Candas)

 

Ce que vous dites à l'entame de votre film, marseilleS, pose des jalons pour la suite. S'y dépose, avec les plis de l'autobiographie, l'image d'une cité divisée : Marseille. On a une pensée pour Jean-Louis Comolli qui vient de nous quitter et dont la pensée dédiée à sauver la part documentaire du cinéma est indispensable. On y pense d'autant plus qu'il est l'auteur de plusieurs films dont les titres résonnent avec le vôtre : Les Deux Marseillaises, Marseille contre Marseille, Nos deux Marseillaises.

 

 

Nosferatu le vampire a cent ans, centenaire du vampire. Le film de Friedrich Wilhelm Murnau, le premier chef-d’œuvre du film d’épouvante, est un joyau éternel où se réfracte la vérité sombre du cinéma, comme on parle en science physique de précurseur sombre. C’est parce qu’il dépose dans ces caves obscures que sont les salles de cinéma le savoir fantastique de ce qu’est le cinéma, vraiment, qui est la visitation hallucinatoire des fantômes. Les spectres qui, à chaque projection, se montrent toujours comme des non-morts, comme des revenants.

 

 

Commencer par le commencement, c'est commencer par la fin. On croit le paysage innocent, c'est un bain de sang. On se dit format 4/3 et surcadrage fordien, un travelling-avant élargit le champ en s'émancipant de sa propre enveloppe de références. Recommencer Massacre à la tronçonneuse, c'est repartir par le milieu qui est un ventre. La même histoire mais avec la profondeur de champ d'un presque demi-siècle, cette perspective qui fait voir l'horreur avec le pan de l'avant et celui de l'après, qui se répète en venant des replis du plus loin. Une histoire de cinéma en dépli de plus d'une histoire du cinéma et l'on n'y avance qu'à reculons.

 

 

Des rumeurs clapotent : la reprise hypothétique d'essais nucléaires en Polynésie française hérisserait le poil de la population locale. Heureusement, le Haut-Commissaire de la République veille au grain, en ne lâchant surtout pas des yeux la tournée des cocktails. Des rumeurs font des bulles : Pacifiction serait un chef-d'œuvre. Mais il n'y a pas plus de chef-d'œuvre que d'essais nucléaires. On n'aura rien vu à Bora-Bora.

 

  • De la conquête de Franssou Prenant : Coloniser, exterminer, grand-remplacer

 

De la conquête est un film de Franssou Prenant, son plus contemporain. Il montre comment le présent est remué, de part et d'autre de la Méditerranée, par l'hystérèse des faits historiques. L'hystérie française sur l'Algérie y trouve l'un de ses foyers dans les effets d'hystérésis d'une origine refoulée, qui est un crime contre l'humanité.

 

 

Chère Marie-Claude,

 

Un film sort, il ressort vingt ans après : le vôtre, Un petit cas de conscience. Vingt ans : une peine de prison. Ressortir c'est pour les films retrouver aussi une nouvelle respiration, revivre à l'air libre. Et les spectateurs de respirer devant votre film qui a le bonheur hasardeux de révoquer ce cinéma français qui accable tant aujourd'hui. Votre film en effet se dédie avec la minutie de l'artisan potier aux petites incarcérations paradoxales, confortables et imperceptibles, risquant d'asphyxier les longues amitiés.

 

  • Falcon Lake de Charlotte Le Bon : Le lac des Laurentides, l'Atlantide de l'adolescence

 

Falcon Lake intrigue au-delà de toute espérance. La traversée du miroir argenté du lac accomplie par Charlotte Le Bon est fantastique. C'est qu'elle revient aux adolescents qui ne sortent des bois de l'adolescence qu'en en figurant rien que les revenants justement.