Jumeau monstrueux de Mulholland Drive (2001), INLAND EMPIRE (2006) est mieux qu’un club Silencio hyper-sélect pour fans lynchiens acharnés, purs et durs, vrais de vrai. S’il est un film-monstre assumant, héroïque, que le dédale conduit au cul-de-sac, c’est comme exercice radical de spectrographie au nom de cette « inquiétante étrangeté de l’ordinaire » évoquée par Stanley Cavell.
L’aura hollywoodienne, ô combien dégradée, persiste seulement dans la reconnaissance réciproque des stars déchues et des femmes abaissées. Si Hollywood est une région impériale dans l’imaginaire
global, pandémonium et gynécée, le rayonnement fossile rappelle aux étoiles qu’elles ne brillent qu’en ayant scellé avec leurs spectatrices une alliance de haute-fidélité, les unes sauvant les
autres du discrédit en comprenant que cela leur arrive aussi. Cela qui est, pour des femmes dont la vie a mal tourné, un trou noir et intersidéral à travers l’écran…
Article PDF à télécharger, cliquer sur ce lien.
Une histoire vraie (1999) est encore victime de sa lecture exotérique : le récit biblique d’une réconciliation fraternelle avec l’Americana pour toile de fond, la country conservatrice version Walt Disney qui l’a financé. Un dernier film pour l’industrie alors que l’on croyait que David Lynch en avait bel et bien fini avec elle, Dune (1984) pour solde de tout compte.
L’autre perspective à partir de laquelle le considérer est plus louche, plus ésotérique. Le western à son couchant darde les derniers feux embrasant l’Amérique, waste land faussement
chatoyant. Une autre histoire sidérante d’étoiles chues comme la météorite qui a mis fin à l’ère des dinosaures, avant le bal tragique (un ball-trap) des falling stars hollywoodiennes,
de Mulholland Drive (2001) à INLAND EMPIRE (2006).
Une histoire vraie n’est pas un western crépusculaire de plus, le genre ouvert avec La Prisonnière du désert (1956) de John Ford jusqu’à Impitoyable (1992) de Clint
Eastwood en passant par le cinéma de Sam Peckinpah. Le film de David Lynch est d’après la fin – la fin du western, de l’Amérique, du monde lui-même. Une histoire vraie est un autre film schizo
mais subliminal, sublimement ourlé d’une mélancolie extrême. Un film post-apocalyptique où le dernier homme du monde d’avant est pachyderme autant qu’étoile filante, un dinosaure mais aussi un
dieu solaire piégé dans le corps d’un grabataire. Et, pour dernier potlatch, Alvin Straight (Richard Farnsworth) a une ultime parade à donner, un dernier feu de joie à faire crépiter avant de
repartir là d’où il vient, dans le ciel d’où il est tombé…
Article en PDF à télécharger, cliquer sur ce lien.